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L’inépuisable aujourd’hui de la connaissance

La partie « positive » de ce blog, non dédiée à la pure destruction (de ce qui certes DOIT être détruit, à savoir les pseudo-universalismes islamique-abrahamique ou « matérialiste démocratique » etc…) doit absolument se développer et devenir prédominante, et quel meilleur objectif pour cela que d’étudier en détail ce qui est selon moi la seule véritable philosophie après la révolution scientifique copernicienne et cartésienne, à savoir la philosophie réflexive, l’idéalisme critique, venant après le réalisme du Moyen Âge qui correspond à l’enfance de l’humanité, idéalisme qui consiste en un retour par delà Aristote à la vérité de la philosophie et de l’Occident : le platonisme.

Réalisme qui est celui de la philosophie musulmane, même chez les néo-platoniciens de Perse comme Sohravardi, et qui règne encore en Maître dans la plupart des mentalités contemporaines, ce qui prouve que le combat mené par l’idéalisme a été perdu (et Brunschvicg lui même ne se déclarait il pas un « idéaliste vaincu » ?)…

J’avais déjà il y a longtemps commenté le livre de Ludovic Robberechts :

« Essai sur la philosophie réflexive »

Essai sur la philosophie réflexive

livre passionnant et très critique envers Brunschvicg (auquel le dernier chapitre du volume 1 est consacré sous le titre « Le système ») qui se trouve sur Google en lecture partielle :

Volume 1:

De Biran à Brunschvicg

Volume 2 :

Jean Nabert et après

Ce livre peut et doit être étudié en perspective avec celui de Marie Anne Cochet, malheureusement difficilement accessible en librairie et qui n’est pas sur le web :

« Commentaire sur la conversion spirituelle dans la philosophie de Brunschvicg »

dont j’ai retrouvé mon vieil exemplaire de la première édition de 1937 et portant le numéro 237 sur un total de 700 pour cette première édition , dédicacé par Marie Anne Cochet elle même à un lecteur au congrès Descartes cette année là !

certes il s’agit là d’une concession au matérialisme et au sentimentalisme, mais j’avoue que cette circonstance m’émeut particulièrement, surtout s’agissant d’un livre comparable à nul autre puisqu’il permet de comprendre la pensée de Brunschvicg mieux que tous les autres, et que celui de Robberechts notamment..

Aujourd’hui le corps de Mme Cochet comme celui du lecteur anonyme tombent en poussière, comme ce sera bientôt le cas du « mien » : mais l’être spirituel qui réside dans le travail de la pensée et les idées, il est là de manière atemporelle, en l’esprit morts et vivants « communiquent », et j’aime à croire que quelque chose de cet être « passe » dans la signature de Marie Anne Cochet présente sur la première page de mon exemplaire numéro 237.

J’ai déjà résumé l’un des passages les plus significatifs du livre sur cette page :

https://ledocteurfaustus.wordpress.com/marie-anne-cochet-la-conversion-veritable/

Le livre part, comme il est juste, de la notion de philosophie comme « connaissance intégrale » qui est celle de Brunschvicg déjà en 1897 dans sa thèse, voir :

https://laportedelinitiation.wordpress.com/le-principe-dimmanence/

La philosophie est, ou cherche, la connaissance intégrale parce qu’elle est la connaissance non de la nature des choses, mais de l’esprit humain saisi à sa source la plus pure : le sillon qu’il trace dans sa recherche désintéressée du vrai.

Marie Anne Cochet propose de remplacer les termes brunschvicgiens « esprit » et « éternel » auxquels elle reproche d’être trop « mystiques », par « intelligence » , souvent employé par Brunschvicg par exemple dans « Les âges de l’intelligence », et par « a-temporel ».

Le rapport entre la connaissance intégrale, centrée sur et par le présent éternel, et la connaissance scientifique, qui se démontre chronologiquement, est hélas négligé par les commentateurs , et ce rapport constitue la substance même du mouvement spirituel.

Le travail de réflexion sur une philosophie est comparable à l’écoute d’une symphonie : il s’agit d’une conversion du temps chronologique résultant de la succession des démarches logiques ou mélodiques, au présent éternel qui les contient toutes en chacune d’elles.

Le rapport entre philosophie et sciences, entre présent éternel et temps chronologique successif, est comparable à celui entre troisieme et deuxième genre de connaissance chez Spinoza : c’est le mouvement libre spirituel qui créé son champ d’expérience par son acte même, et qui s’établit pour la conscience qui le conçoit par la position du présent éternel, acte de la réflexion, seule opération spirituelle que nous connaissions, qui nous permet de contempler, mesurer, comparer et déterminer l’incessante relation qui lie le terme connu au terme connaissant, intégrant ses démarches successives dans l’acte unique de la connaissance.

« Seule l’intégration des moments dans le présent éternel de la réflexion peut poser un avant et un après, un passé et un futur »

Ces notions aident à comprendre les propos énigmatiques de Brunschvicg :

« «Nous nous affranchirons du temps simplement vital, dans la mesure où nous en découvrirons la racine intemporelle. La vie, nous savons trop qu’elle est sans pitié pour les vivants. Elle peut se définir comme l’ensemble des forces qui résistent à la mort….. jusqu’à l’inévitable dénouement qui la révèle comme l’ensemble des forces qui acheminent à la mort…..

…il est malaisé de décider si l’armée des vivants peut avoir l’espérance, suivant la magnifique image que nous a proposée Bergson, de « culbuter la mort »; mais, puisque le salut est en nous, n’est il pas assuré que l’armée des esprits débouche dans l’éternité, pourvu que nous ayons soin de maintenir à la notion d’éternité sa stricte signification d’immanence radicale ?

« le propre de l’esprit est de s’apparaitre à lui même dans la certitude d’une lumière croissante, tandis que la vie est essentiellement menace et ambiguïté. Ce qui la définit c’est la succession fatale de la génération et de la corruption. Voilà pourquoi les religions, établies sur le plan vital, ont beau condamner le manichéisme, il demeure à la base de leur représentation dogmatique… ce qui est constitutif de l’esprit est l’unité d’un progrès par l’accumulation unilinéaire de vérités toujours positives. L’alternative insoluble de l’optimisme et du pessimisme ne concernera jamais que le centre vital d’intérêt; nous pouvons être et à bon droit inquiets en ce qui nous concerne de notre rapport à l’esprit, mais non inquiets de l’esprit lui même que ne sauraient affecter les défaillances et les échecs, les repentirs et les régressions d’un individu, ou d’une race, ou d’une planète. Le problème est dans le passage , non d’aujourd’hui à demain, mais du présent temporel au présent éternel. Une philosophie de la conscience pure, telle que le traité de Spinoza « De intellectus emendatione » , en a dégagé la méthode, n’a rien à espérer de la vie, à craindre de la mort. L’angoisse de disparaitre un jour, qui domine une métaphysique de la vie, est sur un plan; la certitude d’évidence qu’apporte avec elle l’intelligence de l’idée, est sur un autre plan »

Et ce mouvement spirituel, pouvoir actualisant de la réflexion, qui créé en le déterminant dans un espace intégré par la connaissance, ici et maintenant, passé et futur, et sans lequel il n’y aurait qu’une instantanéité institua le et insaisissable, c’est en lui que s’insèrent tous les temps, s’évoquent tous les espaces. Aucune limite n’est pensable à ce pouvoir d’actualisation, qui est donc l’ éternité ou a-temporalité dans le temps chronologique :
« toute connaissance s’exerce ainsi dans un inépuisable aujourd’hui »

« Le vierge, le vivace et le bel aujourd’hui
Va-t-il nous déchirer avec un coup d’aile ivre
Ce lac dur oublié que hante sous le givre
Le transparent glacier des vols qui n’ont pas fui !

Un cygne d’autrefois se souvient que c’est lui
Magnifique mais qui sans espoir se délivre
Pour n’avoir pas chanté la région où vivre
Quand du stérile hiver a resplendi l’ennui.

Tout son col secouera cette blanche agonie
Par l’espace infligée à l’oiseau qui le nie,
Mais non l’horreur du sol où le plumage est pris.

Fantôme qu’à ce lieu son pur éclat assigne,
Il s’immobilise au songe froid de mépris
Que vêt parmi l’exil inutile le Cygne. »

Stéphane Mallarmé

Le monologue du début de Faust I

http://fr.m.wikisource.org/wiki/Faust_(Goethe,_trad._Nerval,_1877)/Faust/Première_partie

« FAUST, seul.
Philosophie, hélas ! jurisprudence, médecine, et toi aussi, triste théologie !… je vous ai donc étudiées à fond avec ardeur et patience : et maintenant me voici là, pauvre fou, tout aussi sage que devant. Je m’intitule, il est vrai, maître, docteur, et, depuis dix ans, je promène çà et là mes élèves par le nez. — Et je vois bien que nous ne pouvons rien connaître !… Voilà ce qui me brûle le sang ! J’en sais plus, il est vrai, que tout ce qu’il y a de sots, de docteurs, de maîtres, d’écrivains et de moines au monde ! Ni scrupule, ni doute ne me tourmentent plus ! Je ne crains rien du diable, ni de l’enfer ; mais aussi toute joie m’est enlevée. Je ne crois pas savoir rien de bon en effet, ni pouvoir rien enseigner aux hommes pour les améliorer et les convertir. Aussi n’ai-je ni bien, ni argent, ni honneur, ni domination dans le monde : un chien ne voudrait pas de la vie à ce prix ! Il ne me reste désormais qu’à me jeter dans la magie. Oh ! si la force de l’esprit et de la parole me dévoilait les secrets que j’ignore, et si je n’étais plus obligé de dire péniblement ce que je ne sais pas ; si enfin je pouvais connaître tout ce que le monde cache en lui-même, et, sans m’attacher davantage à des mots inutiles, voir ce que la nature contient de secrète énergie et de semences éternelles ! Astre à la lumière argentée, lune silencieuse, daigne pour la dernière fois jeter un regard sur ma peine !… j’ai si souvent la nuit, veillé près de ce pupitre ! C’est alors que tu m’apparaissais sur un amas de livres et de papiers, mélancolique amie ! Ah ! que ne puis-je, à ta douce clarté, gravir les hautes montagnes, errer dans les cavernes avec les esprits, danser sur le gazon pâle des prairies, oublier toutes les misères de la science, et me baigner rajeuni dans la fraîcheur de ta rosée !
 »

La situation de désillusion et de désenchantement, d’insatisfaction profonde qui est décrite ici plonge ses racines dans les temps de la fin du Moyen Âge ; une atmosphère assez proche de celle du film d’Ingmar Bergman : « Le septieme sceau »:

http://www.blogg.org/blog-76490-billet-le_septieme_sceau__ingmar_bergman_-980773.html

Cette désillusion de Faust correspond à la réalité de ce qu’était alors la philosophie , la science, et d’une manière générale le savoir.

A cela s’oppose la vision de Brunschvicg dans l’introduction à « L’humanisme de l’Occident »:

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/ecrits_philosophiques_t1/ecrits_philosophiques_t1_intro.html

« C’est de Descartes que date le retour à la spiritualité pure par laquelle Platon avait mis en évidence le caractère de la civilisation occidentale : « Toutes les sciences (écrit-il dans la première des Règles pour la direction de l’esprit), ne sont rien d’autre que la sagesse humaine, laquelle demeure toujours une et identique, tout en s’appliquant à divers sujets, sans se laisser différencier par eux, plus que la lumière du soleil par la variété des choses qu’elle éclaire. » Mais l’humanisme de la sagesse ne manifestera toute sa vertu dans la recherche de la vérité, que s’il a conquis, par une ascèse préalable, sa liberté totale à l’égard des préjugés de la conscience collective. De cette ascèse, Descartes sera redevable aux Essais de Montaigne……

….Voici donc ce qui se dégage avec les Essais pour former comme la première assise du spiritualisme occidental : une histoire naturelle des croyances au surnaturel, cette histoire même que Fontenelle et Bayle, Hume et Voltaire, de nos jours enfin MM. Frazer et Lévy-Bruhl, poursuivent, embrassant un champ de plus en plus vaste, selon des procédés de plus en plus assurés. Les explications totales, celles qui apportent à l’homme la clé de n’importe quelle énigme, depuis la création du monde jusqu’à la survie ou la résurrection des morts, sont, pour reprendre le titre de l’excellent ouvrage de M. Daniel Essertier, des formes inférieures d’explication. Dieu n’a pu être élevé au-dessus du principe d’identité que par des hommes demeurés eux-mêmes au-dessous du seuil de la logique. Tout recours au primat de la tradition nous rejette donc dans le lointain de la « mentalité primitive », à partir de laquelle se déroule, ininterrompu, le tissu mystique, ou mystifiant pour parler plus exactement, des représentations collectives. Pas de peuple d’élection, pas de culte d’exception. Ce n’est pas défendre l’Occident que de plaider pour l’incarnation du Christ contre l’incarnation du Bouddha ; au contraire, le trait caractéristique des communautés orientales est que chacune met sa propre Église et sa propre orthodoxie en concurrence avec les Églises voisines et les orthodoxies rivales…

….Telle est la première perspective de la sagesse occidentale selon Montaigne, et telle déjà elle inquiétait la clairvoyance de Pascal. Mais, depuis Descartes, on ne peut plus dire que la vérité d’Occident tienne tout entière dans la critique historique et sociologique des imaginations primitives. Sortir de la sujétion de ses précepteurs, s’abstenir de lire des livres ou de fréquenter des gens de lettres, rouler çà et la dans le monde, spectateur plutôt qu’acteur en toutes les comédies qui s’y jouent, ce ne seront encore que les conditions d’une ascétique formelle. A quoi bon avoir conquis la liberté de l’esprit si l’on n’a pas de quoi mettre à profit sa conquête ? Montaigne est un érudit ou, comme dira Pascal, un ignorant ; dans le réveil de la mathématique il ne cherche qu’un intérêt de curiosité, qu’une occasion de rajeunir les arguties et les paradoxes des sophistes.

L’homme intérieur demeure pour lui l’individu

, réduit à l’alternative de ses goûts et de ses humeurs, penché, avec une volupté que l’âge fait de plus en plus mélancolique, sur « la petite histoire de son âme ».

Or, quand Descartes raconte à son tour « l’histoire de son esprit », une tout autre perspective apparaît : la destinée spirituelle de l’humanité s’engage, par la découverte d’une méthode d’intelligence

. Et grâce à l’établissement d’un type authentique de vérité, la métaphysique se développera sur le prolongement de la mathématique, mais d’une mathématique renouvelée, purifiée, spiritualisée, par le génie de l’analyse. »

Avant le partage de la ligne des temps par l’irruption du cartésianisme:

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2012/03/06/la-ligne-de-partage-des-temps/

il n’y a pas de savoirs véritables, pourvus d’une valeur de vérité (les « vérités éternelles » de Descartes), seulement le tissu mystique, ou plutôt mystifiant, des représentations collectives, avec leurs « formes inférieures d’explication » sous la forme de croyances au surnaturel datant des peuplades primitives.

La destinée spirituelle de l’humanité ne s’est pas encore engagée car le traité initiatique de la seconde naissance du « Discours de la méthode » n’a pas encore été écrit.

Faust, qui se situe juste avant le passage de la ligne des temps, ne peut que rejeter avec dédain le « tissu mystifiant », tout comme Hamlet, qui se situe encore avant, quand il s’exclame avec dégoût:

« Words! Words! Words! »

Seulement il n’a à sa disposition aucune vérité éternelle pour venir redresser ces illusions primitives, aussi se tourne t’il vers la vieille magie, au lieu de se tourner vers le « Dieu des philosophes et des savants aperçu par la raison désinteressée ».

Après le passage de la ligne des temps, la magie (qui reste valable pour les âmes simples et ignorantes) sera remplacée chez l’homme faustien par la technoscience, à la puissance hélas bien réelle (contrairement à la magie et à ce genre de balivernes propres aux sauvages)…

Welcome to New York

Il y a plusieurs choses discutables dans le film d’Abel Ferrara que j’ai pu voir hier sur un site légal  de streaming (qui ne m’a pas demandé d’argent pour l’instant, donc pourquoi se priver ?) avec Gérard Depardieu :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Welcome_to_New_York_%28film%29

comme par exemple réaliser une nième oeuvre sur cette affaire, endossant l’hypothèse du viol de Nafissatou Diallo par DSK, qui n’est qu’une hypothèse, pas la plus probable à mon avis, mais ce n’est pas ici le lieu d’en discuter.

et de plus affirmer implicitement que le père d’Anne Sinclair s’est mal conduit en 1945…je ne suis pas au courant de la vie de ces grands bourgeois, et ne veux pas l’être, mais au moment (en 2014) où l’antisémitisme connaît un réveil terrifiant au niveau mondial, il me semble que..enfin c’est son droit après tout.

De plus les scènes de sexe (au début, avec les call girls)n’apportent rien et auraient pu être tout simplement suggérées, cela aurait raccourci le film qui est trop long.

Car le thème du film ce n’est pas le sexe, mais ce qui est « derrière la scène » du sexe: à savoir « notre besoin de consolation est impossible à rassasier »….l’enfer.

Or cela est expliqué , un peu avant  la fin du film , lors du monologue de nuit de Depardieu qui revient sur son « itinéraire »:

– il a trouvé « Dieu » non pas dans une église ou une synagogue mais à l’université dans ce qu’il appelle « idéalisme » et qui est en gros le rêve fumeux et gauchisant de ces années là (autour de 1968) : partager les richesses, « à chacun selon ses besoins », établir l’égalité réelle, etc…seulement comme les besoins élémentaires une fois réalisés cèdent la place aux désirs qui n’ont pas de limites (seulement celles qu’ils rencontrent dans le choc avec le monde extérieur)….

-ce rêve s’est fracassé sur la prise de conscience effectuée à la Banque mondiale : « la souffrance infinie inhérente à la condition humaine ».

-enfin le constat : « pour moi il ne peut y avoir de rédemption ».

Mais bien sûr ce qu’il appellle « idéalisme » (et que l’anthroposophie appellerait le luciférisme régnant dans le marxisme et ses déviations gauchistes comme dans le nazisme, ou dans les religions, surtout l’Islam à mon avis) n’est pas du tout l’idéalisme véritable, celui de Léon Brunschvicg ou de Fichte, ou celui de Rudolf Steiner avant 1900, dans ses ouvrages philosophiques comme « Vérité et science » ou « La philosophie de la liberté », avant le grand n’importe quoi de la théosophie et de l’anthroposophie de 1901 à 1925.

Idéalisme véritable qui, comme le matérialisme de Comte-Sponville, « refuse de se raconter des histoires », mais s’établit dans la prise de conscience de la « primauté du jugement » (le livre le plus clair là dessus est « La modalité du jugement », la thèse de Brunschvicg en 1897:

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/modalite_du_jugement/modalite_du_jugement.html

La matière, la « forme de l’extériorité », est seconde.

Je ne vois pas comment on pourrait nier cela en connaissant ce que dit la science contemporaine de cette « matière », qu’elle dissout en idéalités mathématiques.

Or cet idéalisme philosophique (idéalisme mathématisant de Brunschvicg, dans sa forme aboutie) et la conversion spirituelle (et que Brunschvicg oppose aux fausses conversions « religieuses ») qu’il implique et amène, est justement la voie pour échapper à l’enfer.

Salut non pas consistant à se raconter des fables pour se rassurer, mais salut réel.

Mais bien entendu cela reste à vérifier…

sur le même site de treaming j’ai vu la semaine dernière le très beau film « Shame », qui prend à peu près le même thème mais avec une force à mon avis bien plus grande : « Welcome to New york » moins DSK, le Sofitel et Depardieu….

http://fr.wikipedia.org/wiki/Shame_%28film,_2011%29

Physique théorique et théorie des topoi

Depuis 15 ou 20 ans il existe un développement rapide d’un nouveau champ de la physique théorique : l’application de la théorie des catégories et des topoi à cette science, qui permet de mieux comprendre l’évolution de la physique depuis 4 siècles et d’éclairer les nombreuses apories qui existent notamment en physique quantique.

Je me propose d’étudier et de suivre ce nouveau domaine de réflexions, dans le prolongement de cette « nouvelle objectivité », dégagée par l’œuvre de Marie Anne Cochet sur Brunschvicg, voir notamment les derniers articles portant sur le livre de Marie Anne Cochet à propos de Brunschvicg.

J’ai expliqué que l’émergence de la physique moderne il y a 4 siècles peut être vue comme un « changement d’objectivité » et, comme dit Brunschvicg, un « changement d’axe de la vie religieuse ».
Dans la physique aristotélicienne qui précède ce changement, le mouvement des corps est expliqué par leur tendance à rejoindre leur lieu naturel: lorsqu’on lance une pierre elle retombe vers la terre parce que c’est son lieu naturel, par contre si l’on allume un feu, la fumée monte vers le ciel parce que c’est son lieu. Aucune vertu explicative là dedans, ni bien sûr de prédiction quantitative qui pourrait permettre de vérifier sur des résultats chiffrés la validité d’une théorie.
Les « objets » (pierre, fumée) correspondent à la perception quotidienne, non aidée par un téléscope ou un microscope.

Par contre dans la physique géométrisée qui est celle des débuts de la science moderne, les objets sont des points et les solides sont conçus comme des ensembles de points: or un point est une entité idéale, qui n’a aucune existence réelle dans le monde extérieur. Un point géométrique peut être caractérisé comme une limite de contours de plus en plus petits, mais justement une limite est une notion idéale, une idéalité mathématique.

Dans le langage de la moderne mathématique, qui est celui de la théorie des catégories, n’existant que depuis 1945, on dira que le topos correspondant à la physique débutant chez Galilée, Copernic et Newton, appelée maintenant « physique classique » est le topos des ensembles (de points) qui est le topos SET (du mot anglais Set = ensemble) ou Ens (du mot « Ensemble »).

C’est exactement ce qui est dit au début de cet article, qui résume et simplifie les recherches récentes d’Isham et Doering:

Mario Tsatsos: introduction to topos physics

Voir page 11 et 12 (« The general idea ») du document pdf où le topos Set des ensembles est associé à la physique classique et page 12 c’est un topos différent, un préfaisceau, c’est à dire une catégorie de foncteurs vers la catégorie Set, qui est associé à la physique quantique.

Le changement d’axes du 17 eme siècle c’est que ce sont des idéalités mathématiques qui deviennent les « objets » de la physique, objets dans le sens de la théorie des catégories qui n’est apparue que 3 siecles après Descartes.

Aux époques précédentes, les objets étaient rudimentaires, grossiers, liés à la perception sensible d’un être naturel, se nommant « humain », soumis à ses pulsions d’être naturel: faim, actions sur le monde, désir de reproduction..

Nous appelons cela « passage du réalisme de la perception » à l’idéalisme mathématisant. Les idéalités mathématiques sont selon nous l’exemple parfait des Idées platoniciennes.

(La physique des topoi se nomme « néo-réaliste » mais c’est dans un tout autre sens que le réalisme de la perception).

Pourquoi est ce le topos des ensembles (de points) que l’humanité rencontre en premier dans sa montée vers le monde des idées ?

Ce même topos des ensembles qui est pour Badiou celui de l’ontologie d’Aristote, théorie de l’être en tant que multiple pur…

Parce que c’est le plus grossier: un ensemble s’obtient, comme on le sait depuis l’épisode du Cyclope de l’Odyssée, par dénombrement d’un troupeau et abstraction.

Seulement les moutons d’un troupeau vieillissent et meurent, tandis que les points d’un ensemble de points (comme une figure géométrique) ne changent pas, étant des idéalités.

C’est exactement le même gouffre que celui qui sépare la statique d’Archimede des théories du mouvement dans la mécanique : il a fallu près de 20 siècles à l’humanité pour le franchir.

Le statique, le stable, est plus facile à appréhender que le dynamique, le mouvement.

Voir:

https://leonbrunschvicg.wordpress.com/mecanique-statique-dynamique-et-geometrie/

et

https://leonbrunschvicg.wordpress.com/topoi-et-physique-quantique/

Aussi le topos des ensembles est il rencontré avant les préfaisceaux, qui sont des topoi de foncteurs, de morphismes, non de simili-substances.

Nous voudrions élargir ce modèle des topoi à des idées differentes dans d’autres domaines que la physique. Par exemple à la philosophie, Daniel Parrochia a tenté un essai de ce genre dans « La raison systématique ».

Berdyaev sur le mythe de Faust

http://www.berdyaev.com/berdiaev/berd_lib/1922_059.html

« The fate of Faust — is the fate of European culture. The soul of Faust — is the soul of Western Europe. This soul was full of stormy, of endless strivings. In it there was an exceptional dynamism, unknown to the soul of antiquity, to the Greek soul. In its youth, in the era of the Renaissance, and still earlier, in the Renaissance of the Middle Ages, the soul of Faust sought passionately for truth, they fell in love with Gretchen and for the realisation of his endless human aspirations it entered into a pact with Mephistopheles, with the evil spirit of the earth. And the Faustian soul was gradually corroded by the Mephistophelean principle. Its powers began to wane. What ended the endless strivings of the Faustian soul, to what did they lead? The Faustian soul led to the draining of swamps, to the engineering art, to a material arranging of the earth and to a material mastery over the world. Thus we find spoken towards the conclusion of the second part of Faust: »

Tout est dit!

Faust est la figure de l’homme européen, de l’homme occidental, celui qui selon Husserl a cherché à la Renaissance à se donner une nouvelle forme spirituelle.

La damnation de Faust c’est d’avoir opté pour la puissance technicienne que lui donnait sa création la science moderne née au 16-17 eme siècle.

Et d’avoir refusé, ou ignoré, l’aspect Sagesse de la mathesis et de la philosophie.

Cette damnation est celle de l’homme faustien occidental.

Il peut cependant échapper à la damnation : en faisant retour sur la science telle qu’elle s’est développée au 17 eme siècle, avant sa séparation d’avec la philosophie.

En termes anthroposophiques : en accomplissant le parcours de l’âme de conscience.