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« Lost river » de Ryan Gosling

« Un film de petit fayot » dit le Nouvel Obs:

http://m.leplus.nouvelobs.com/contribution/1351698-lost-river-de-ryan-gosling-vide-platitude-et-ennui-c-est-un-film-de-petit-fayot.html#https://www.google.fr/

Sans aller jusque là, je dirai que ce film, que j’ai vu hier, n’est pas le chef d’œuvre si surprenant que nous décrivent complaisamment certaines publicités.

Non ce n’est pas du tout comparable au cinéma de David Lynch, et d’ailleurs je ne suis pas un admirateur béat de ses films, dont le meilleur reste « Élephant Man », quand Lynch n’avait pas encore l’obsession de faire du Lynch…

Je vais me contenter ici d’expliquer le sens profond du film, en termes de situation de l’homme occidental et faustien, ce que personne ne dira jamais ailleurs, et surtout pas le Nouvel Obs ni même Ryan Gosling: ce gens là ne sont pas équipés pour se comprendre eux mêmes …

Le film a été tourné à Détroit, ville sinistrée par la crise de 2008, et bien avant 2008 par les dégâts de la mondialisation et de la « modernisation » économique, qui sont justement les derniers « résultats » de l’action de l’homme faustien déchaîné.

Relisons le « Second Faust » de Goethe, nous y observons Faust et Méphistophélès appelés à l’aide à la Cour pour résoudre la crise financière en créant de la fausse monnaie (ce qui nous évoque le présent), et nous trouvons le conte de Philémon et Baucis repris de la mythologie grecque:

http://fr.m.wikipedia.org/wiki/Philémon_et_Baucis

dont l’humble habitation sera (chez Goethe) détruite par les « grands travaux » entrepris par Faust et Méphistophélès (Ahriman, dirait Rudolf Steiner).

Là encore ceci nous évoque la « modernisation » déchaînée qui a détruit le Vieux Paris, et, dans le film de Gosling, le lac artificiel qui a inondé les anciennes partie de la ville.

Quelle est la nature de cette malédiction ? Elle est décrite par William Blake dans les « Proverbes de l’enfer »:

« La citerne retient; la source déborde »

ce qui n’est rien d’autre que l’opposition du fini (ou l’indéfini, celui de la rationalité calculatrice) et de l’Infini.
Pourquoi tous les « méchants » du film sont ils blancs? Depuis Bully, le voyou qui incendie la ville, jusqu’à Dave, le banquier qui profite de la détresse de la belle mère de famille Billy pour tenter de la violer ?

(Entre parenthèses il faudrait réfléchir sur la proximité de ces deux prénoms, Bully et Billy, ce dernier prénom étant plutôt masculin il me semble)

parce que symboliquement la malédiction faustienne frappe d’abord à partir du 18ème siècle l’homme européen, l’homme « blanc ».

Elle se diffuse ensuite aux peuples non européens au 19ème siècle (Japon de l’ère Meiji) et surtout au 20 eme siècle.
Pourquoi le choix par Gosling de l’acteur français Reda Kateb pour jouer le « chauffeur de taxi », qui symbolise l’ailleurs, l’Autre, mais aussi le mouvement , le voyage, la transformation qui donne un avenir ? il n’est pas difficile de comprendre à la fin qu’il va emmener toute cette famille dans son taxi vers l’avenir, vers l’ailleurs, et sans doute vivre un amour avec Billy, fonder une autre famille plus large avec elle ?

Le sens en est évidemment que l’homme « blanc », occidental, a besoin du secours de l’immigré , de l’Autre (qui dans le cas de Reda Kateb est l’Autre musulman) pour sortir de la malédiction faustienne.

Seulement là se situe aussi l’aporie de ce genre de thèses, car de deux choses l’une:

– soit l’Autre venu d’ailleurs pour s’implanter en Occident est plus ou moins « intégré », et alors il tombe lui aussi dans la malédiction et subit le même destin faustien.

– soit il garde sa « culture » et sa « religion » mais celle ci provient des époques d’avant la « ligne de démarcation » du cartésianisme:

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2012/03/06/la-ligne-de-partage-des-temps/

et ne saurait constituer une ressource pour échapper à un destin qu’elle ne peut comprendre.

Car au 17ème siècle européen, une nouveauté radicale est apparue « sous le soleil »…et la seule solution pour sortir de la malédiction faustienne, qui est une perversion ou plutôt une dégradation du cartésianisme,consiste en la réévaluation de ce dernier, remplaçant par exemple « Maître et possesseur de LA Nature » en « Maître et possesseur de MA Nature (intérieure) »…

Ce qui, si être libre insiste à n’obéir qu’aux impulsions de notre nature propre (véritable et non pas surimposée par la propagande aheimanienne ou luciférienne) et donc à trouver celle ci par la « descente aux enfers » qui est la connaissance de soi même, n’est rien d’autre que le projet de liberté.

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